Du discours de Genève aux suppressions d’emplois à Belfort

Publié mercredi, 12 juin 2019 ‐ L'Humanité

Présenté comme un début de mea culpa, le propos a tourné en boucle hier sur les chaînes d’information en continu. « Nous avons peut-être parfois construit des bonnes réponses trop loin de nos concitoyens en considérant qu’il y avait des sachants et des subissants. C’était une erreur fondamentale », a déclaré le président de la République devant l’OIT. On retient de ces deux petites phrases que les « sachants » ont toujours construit « des bonnes réponses », selon le chef de l’État. Mais elles ont été insuffisamment expliquées et, de ce fait, n’ont pas été comprises par les « subissants ». Faut-il en déduire que les licenciements annoncés à Belfort par General Electric relèvent d’une décision juste mais mal expliquée ? À Genève, Emmanuel Macron n’a pas répondu à cette question.
Dans l’Humanité de ce 12 juin, la chronique économique de Pierre Ivorra nous renseigne sur les méthodes utilisées par General Electric qui font toujours prévaloir la casse industrielle sur les droits sociaux. Par ailleurs, Pierre Chaillan évoquait dans l’Humanité du 6 juin le contenu du livre intitulé « L’autre voie pour l’humanité » (1). Il rassemble 100 contributions qui permettent, écrivait-il, « d’ouvrir les portes et les fenêtres au débat à la fin de l’ouvrage, ou en piochant au gré des références nombreuses et les plumes qui forment (peut-être) une seule et même voie ».
Dans ce livre, un extrait de la contribution de l’économiste Xavier Dupret permet de mieux comprendre la stratégie de Général Electric à Belfort. Déplorant l’abandon de toute idée de planification économique par trop de partis politiques se réclamant de la gauche en France et dans le monde, Xavier Dupret montre aussi la manière dont les entreprises multinationales ont manœuvré pour privilégier la rémunération du capital au détriment du travail dès le début des années 1980, y compris en planifiant la course au profit chez General Electric en page 121 de ce livre :
Se débarrasser de 10 % des salariés chaque année
« Son avocat le plus ardent fut Jack Welch, PDG de General Electric de 1981 à 2001. Pour rétablir la part des profits, Welch recommandait, par exemple, de se débarrasser chaque année des 10 % des salariés les moins productifs. Le sentiment de peur qui résulte de ce type de pratiques joue indéniablement comme un frein aux aspirations de revalorisation salariale.
Sous la direction de Jack Welch, General Electric a joué la carte des fusions acquisitions (plus de 600 en 20 ans) et a misé à plein sur le principe du recentrage de la compagnie sur son « core business ». En déléguant à des sous-traitants des activités périphériques, General Electric a supprimé 100 000 postes de travail et est devenu un donneur d’ordres susceptible de changer de fournisseur à tout moment. La chasse aux coûts était permanente.
Entre-temps, Jack Welch a fait école. L’organisation de la production capitaliste s’est, en raison du recentrage des entreprises sur leurs « métiers de base », de plus en plus caractérisée par une approche en termes de chaînes de valeur. La multiplication des fournisseurs qui en a résulté un grand effort de planification », écrit Xavier Dupret.
Quand Macron pilotait les acquisitions chez Rothschild
On sait qu’Emmanuel Macron était le ministre de l’Économie au moment de la vente l’Alsthom à General Electric. Il se dit même qu’il en fut l’inspirateur bien avant, du temps où il était le conseiller économique de François Hollande à l’Élysée. Auparavant, son travail à la banque Rothschild consistait à piloter et à faire financer par la banque des fusions-acquisitions. Ce fut notamment le cas avec la vente au groupe Nestlé d’une filiale de Pfizer pour 9 milliards d’euros. Ce qui fut fait au détriment de Danone et moyennant une énorme commission au banquier Macron au point de le conduire à payer l’impôt de solidarité sur la fortune.
Emmanuel Macron ne pouvait donc pas méconnaître les ambitions et la stratégie prédatrice de General Electric au moment de lui confier les usines du groupe Alsthom. C’est tellement vrai que l’actuel patron du groupe à Belfort nommé quelques semaines avant l’annonce du récent plan de suppression d’un millier d’emplois n’est autre que Hugh Bailey. Cet homme a travaillé successivement au cabinet d’Arnaud Montebourg puis à celui d’Emmanuel Macron à Bercy. Interrogé le 2 juin dans le Journal du Dimanche, Hugh Bailey déclarait avec un certain embarras : « Je n’ai pas travaillé sur le dossier de la vente de la branche énergie d’Alsthom qui était hors de mon champ de compétence. J’étais conseiller technique aux cabinets des deux ministres sur les sujets de développement de développement industriel en France ».
Des engagements non tenus à Belfort
Alors que la firme américaine promettait la création de 1.000 emplois nets suite à cette acquisition, c’est le contraire qui se produit au point qu’elle a payé 50 millions d’euros d’amende pour ne pas avoir tenu ses engagements. Mais dès lors que la stratégie industrielle de General Electric demeure fidèle aux préconisations de Jack Welch, rapportées avec précision par Xavier Dupret, l’emploi passe toujours derrière la course aux profits quel qu’en soit le prix. C’est aussi à la lumière de cette stratégie qu’il convient de se méfier des bonnes paroles d’Emmanuel Macron à Genève, comme à celles du ministre Bruno Le Maire quand il se rend à Belfort pour tenter de rassurer les salariés du groupe.
L’autre voie pour l’humanité, 100 intellectuels s’engagent pour un post-capitalisme, éditions Delga, 400 pages, 20€

Tag: #Politique #économie #EmmanuelMacron #Emplois #GeneralElectric #Oit

Autres articles publiés par L'Humanité

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Pierre Vincent, cheminot, ancien dirigeant syndical et ami de l’Humanité, est décédé à l’âge de 80 ans. Sur vingt-sept mois de service militaire, l’appelé en fait treize en Algérie. Libéré en 1962, il fait part au comité Maurice-Audin...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Les « gestes barrières », en ce moment où l’on baigne de tous côtés dans le doute et la crainte, ne sont-ils pas ­devenus l’exemple même de « l’impératif catégorique » inventé par le philosophe prussien Emmanuel Kant...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Les stades de football sont vides et, pourtant, la voix des supporters n’a probablement jamais porté aussi loin. Quelques jours seulement après l’appel de 350 groupes d’ultras à travers toute l’Europe, dont des Français, demandant à...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Demain mardi , c’est donc le président de la République en personne qui annoncera les formes diversifiées que prendront les aides publiques destinées  à faire repartir l’industrie automobile en France . Trois jours plus tard, la direction du...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Le procès de Benyamin Netanyahou s'est ouvert ce dimanche. Après avoir tout fait pour l’éviter, affirmé qu’une campagne « de la gauche et de la presse visait à le renverser par un putsch », demandé une immunité, puis dit la refuser, il...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

De mémoire de militant, il n’avait jamais connu une telle crise alimentaire. Un véritable tsunami de la misère. « Durant toute la durée du confinement, nous avons distribué des colis alimentaires à 1 270 000 personnes, explique Thierry...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Les « gestes barrières », en ce moment où l’on baigne de tous côtés dans le doute et la crainte, ne sont-ils pas ­devenus l’exemple même de « l’impératif catégorique » inventé par le philosophe prussien Emmanuel Kant...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Née le 20 juin 1921 à La Seyne-sur-Mer (Var), Mireille Droz quitte l’école et les cours de violon trop tôt, la situation sociale de ses parents ne lui permettant pas d’envisager des études. Au magasin Priséco de Toulon, où elle est...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Il est l’exception qui confirme la règle fixée par Emmanuel Macron. Installé le 23 mai à la tête de Tourcoing par le conseil municipal, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, est le seul membre du gouvernement autorisé par...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Les « gestes barrières », en ce moment où l’on baigne de tous côtés dans le doute et la crainte, ne sont-ils pas ­devenus l’exemple même de « l’impératif catégorique » inventé par le philosophe prussien Emmanuel Kant...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Dès la mi-janvier, la climatologue Corinne Le Quéré était bombardée de questions sur la baisse des émissions mondiales de CO2. « Et je n’avais pas de réponse précise à donner… » confiait-elle en prélude d’un séminaire en ligne le...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

De mémoire de militant, il n’avait jamais connu une telle crise alimentaire. Un véritable tsunami de la misère. « Durant toute la durée du confinement, nous avons distribué des colis alimentaires à 1 270 000 personnes, explique Thierry...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Le « Ségur de la santé » est au moins assuré de figurer dans le Livre des records, au chapitre des concertations officielles menées par voie numérique. Pas moins de 300 personnes – représentants des hôpitaux, des Ehpad, du médico-social ...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Le harcèlement sexuel est un délit puni par le Code pénal, mais également un comportement interdit sur le lieu de travail. Une salariée ayant perdu son emploi du fait d’une inaptitude consécutive à un harcèlement sexuel, ou ayant pris acte de...

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Il est l’exception qui confirme la règle fixée par Emmanuel Macron. Installé le 23 mai à la tête de Tourcoing par le conseil municipal, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, est le seul membre du gouvernement autorisé par...