L'enfouissement des déchets nucléaires est-il pratiqué en France, et quels sont les risques?

Publié vendredi, 28 septembre 2018 ‐ Liberation.fr

Question posée par le 14/09/2018
Bonjour,
Aujourd’hui, il n’existe pas de site d’enfouissement des déchets nucléaires en France. En revanche, il existe des sites de stockage de surface. Explications.
La gestion des déchets nucléaires est confiée à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Cet établissement public classe les déchets nucléaires en fonction de la force de leur radioactivité et de la durée de celle-ci. À chaque catégorie, son mode de gestion. Le détail se trouve dans l’inventaire des déchets nucléaires.
Typologie de déchets
Les déchets de «très faible activité» sont stockés en surface depuis 2003 dans le Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage situé dans l’Aube. On prévoit un volume de 1 100 000 m3 d’ici 2030.
Les déchets de «faible ou moyenne activité à vie courte» sont eux aussi dans des centres de surface. Le centre de stockage de l’Aube (1 000 000 m3 de capacité) ayant pris le relais du centre de stockage de la Manche (527 225 m3), saturé depuis 1994. Ces déchets perdent la moitié de leur potentiel radioactif tous les 31 ans (ou moins).
Pour les autres types de déchets, il n’existe pas de solution pérenne. Ils sont donc entreposés en surface. Parmi ces déchets en attente, il y a ceux «de faible activité à vie longue», pour lesquels un enfouissement à faible profondeur est à l’étude.
L’enfouissement profond en préparation
Les deux derniers types de déchets sont les ceux dits «de moyenne activité à vie longue» (MA-VL) et ceux de «haute activité» (HA) pour lesquels l’Andra veut développer une solution d’enfouissement à 500 mètres sous terre, appelée Cigéo, entre la Haute-Marne et la Meuse. Cigéo est prévu pour accueillir au moins 70 000 m3 de MA-VL (dont 60 % déjà produits) et 10 000 m3 de HA (dont 30% déjà produits). La demande d’autorisation de création sera déposée en 2019 auprès de l’autorité de sûreté nucléaire. Mais le principe de création d’un site d’enfouissement a déjà été voté en 2006 et amendé en 2016.
Aujourd’hui, seul existe un laboratoire pour tester les réactions de la roche et la faisabilité de la structure (visité par Libération en 2017). Le site industriel sera construit indépendamment de ce laboratoire. Il ne s’agira pas d’une extension de ce dernier.
Reste que le sujet est tendu. Et le projet contesté. Une partie du futur site est occupée par des opposants à Cigéo. Une récente manifestation a débouché sur des arrestations et des perquisitions chez les opposants et leur avocat. Un procédé retoqué par la justice.
Un million d’années
En deux mots, le projet consiste à creuser des galeries à 500 mètres sous terre, dans une couche d’argile soigneusement choisie. Ces galeries seront ensuite remplies de déchets empaquetés dans du béton, ou du verre et de l’acier. Le remplissage est prévu sur un siècle. L’ensemble sera alors comblé et scellé. Malgré les tests de l’Andra, les opposants considèrent la couche d’argile choisie comme «trop friable» pour accueillir une telle structure.
Quant à la question des risques environnementaux, elle sera probablement évoquée lors du prochain débat public dans le cadre de la 5e édition du plan national de gestion des matières et déchets radioactifs attendu, pour cet hiver. D’ici là, voici quelques éléments de réflexions.
L’enjeu du confinement est d’autant plus important que la durée de vie des déchets hautement radioactifs s’étend, pour certains, jusqu’à 1 million d’années. «C’est l’horizon au-delà duquel, nous estimons que la radioactivité des déchets ne sera plus problématique du fait de la décroissance radioactive», explique Frédéric Plas, directeur de la R&D de l’Andra.
Un objectif qui a poussé Bernard Laponche, physicien nucléaire cofondateur de Global Chance, une association de scientifiques pour une expertise indépendante dans le débat sur la transition énergétique, à écrire en 2015 : «nul ne peut s’engager sur des évènements géologiques inattendus, et aujourd’hui probablement inimaginables, ni de se prémunir contre des évènements accidentels dans les stockages, ou des infiltrations d’eau à moyen et long terme».
Migration des radionucléides
La question n’est donc pas de savoir si des radionucléides vont passer du centre de stockage au milieu environnant mais plutôt quand et combien. Deux mécanismes sont possibles : le transport par l’eau et la migration naturelle par homogénéisation des concentrations.
«Les radioéléments se déplaceront très lentement, principalement par diffusion dans l’eau contenue dans la roche. Et ainsi seuls quelques-uns, et en quantité extrêmement faible, sortiront de la couche. On s’appuie notamment sur l’observation du réacteur naturel d’Oklo (un site exceptionnel au Gabon qui donne une idée de l’évolution d’un stockage naturel de matière radioactive, ndlr) pour décrire ces phénomènes sur de grandes échelles de temps», précise l’Andra.
Étant donné la nature de la roche et les expériences menées au sein du laboratoire, l’Andra estime dans son dossier d’options de sûreté (DOS) remis en 2016 que «le maximum de dose cumulée» sera situé entre 0,00001 et 0,001 milliSivert par an (L’ASN fixe la barre à 0,25 mSv/an). Ce maximum arriverait entre 250 et 800 000 d’années après la fermeture en fonction des scénarios officiels. Enfin si tout se passe bien.
En effet, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui a donné son avis sur le DOS de l’Andra, soulève encore quatre points «susceptibles d’entraîner des modifications de conception du stockage». Parmi ceux-ci, le risque d’incendie inquiète particulièrement les riverains et concerne notamment un type de déchet particulier: les déchets bitumineux dont «La conception actuelle du stockage» ne permet pas un «stockage sûr», selon l’IRSN.
Changements climatique et tectonique
L’échelle des temps donne également le vertige et ouvre la perspective à des aléas que le dossier d’options de sûreté essaie d’anticiper. À l’horizon d’un million d’années, la tectonique des plaques n’est plus négligeable. Les plaques Europe et Afrique seront plus proches de plusieurs kilomètres, ouvrant la voie à la disparition de la Méditerranée et à une l’émergence d’une chaîne de montagnes. Réponse de l’Andra : «Ce domaine [de Bure] a été très peu déformé au cours des derniers 20 millions d’années. Le bassin parisien dans lequel sera implanté le stockage est géologiquement extrêmement stable et non affecté par ces mouvements lointains».
En quelques centaines de milliers d’années, le climat pourrait néanmoins éroder fortement la zone. C’est prévu par l’Andra, comme indiqué dans le DOS, changement climatique ou pas, qui a planché sur deux scénarios :
Le débat entre stockage de surface et enfouissement profond des déchets nucléaire pose aussi des questions peu évidentes : qu’est-ce qui sera plus stable pendant un million d’années ? Les conditions géologiques ou le contexte politico-économique ? Car un stockage de surface nécessite un engagement constant de la société pour être maintenu. Par ailleurs, le transport et la manipulation de déchets nucléaires pendant 100 ans sur le site est-elle sûre ? N’est-il pas plus prudent de limiter les transports de ces matières ?
Des incidents à l’étranger
L’association Global Chance rappelle qu'«aucune solution satisfaisante» n’existe dans le monde pour gérer les déchets nucléaires. Aux Etats-Unis, la Waste Isolation Pilot Plant (WIPP) - centre de stockage de déchets radioactifs en couche géologique profonde ouvert en 1999 au Nouveau-Mexique - a dû s’arrêter plusieurs années après avoir connu deux incidents en l’espace de 9 jours en 2014 : un incendie puis un relâchement de matières radioactives.
En 2008, les autorités allemandes ont dû décider de retirer les déchets entreposés dans le centre expérimental de Asse en Basse-Saxe depuis 1978. Cette ancienne mine exploitée dans un dôme de sel présente des entrées d’eau préoccupantes.
Ces incidents n’empêchent pas plusieurs pays (Finlande, Suède, Canada, Suisse, Corée, Japon, etc.) d’étudier sérieusement l’enfouissement en couche géologique profonde. Ils sont à des stades plus ou moins avancés.
Cordialement

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