L’importance de notre santé comparée à de celle des voitures

Publié lundi, 25 mai 2020 ‐ L'Humanité

Demain mardi , c’est donc le président de la République en personne qui annoncera les formes diversifiées que prendront les aides publiques destinées  à faire repartir l’industrie automobile en France . Trois jours plus tard, la direction du groupe Renault prévoit  de dire   ce qu’elle fera de ces aides, tandis que la presse annonce de possibles fermetures de sites en France. Demain on saura peut-être, par Emmanuel Macron, si le pouvoir politique exige quelques garanties en termes d’emplois en France en contrepartie des  5 milliards d’euros de « prêts  garantis par l’Etat » qui sont déjà  promis au groupe Renault. Ce matin, Bruno Le Maire  a déclaré que le la garantie de l’Etat pour le prêt  de 5 milliards d’euros en faveur de Renault ne sera pas signée avant d’avoir pris connaissance du plan qui sera annoncé vendredi  prochain, tout en concédant  que le gouvernement  acceptera des fermetures de sites. 
En attendant, les médias ont beaucoup  évoqué ces derniers jours le fait que 400.000 voitures - dont 96% de véhicules thermiques -  doivent être vendues le plus vite possible  afin de faire repartir la production sans augmenter les stocks de voitures  neuves. On nous annonce que la prime à la conversion qui permet d’acheter  un véhicule neuf, un peu moins émetteurs de CO2 que celui que l’on possède,  passera à 2.000€ contre 1.500€  actuellement. Le gouvernement consentira même un effort accru en faveur des ménages modestes puisque, pour eux, la prime pour changer son véhicule passerait  de 3000 à 4.000€ avec, en plus la possibilité, pour ces ménages,  d’obtenir cette prime pour une voiture Crit’Air 3 contre Crit’Air  4 pour les autres.  Mais, pour tout acheteur  à faibles  revenus,  il vaudra mieux ne pas perdre son emploi dans les prochains mois  après avoir pris un crédit pour l’achat  d’une nouvelle bagnole.
 Parallèlement, des concessionnaires  promettent de gros rabais sur des modèles puissants  et donc polluants. Ajoutons que  les véhicules  que cèderont les  particuliers avec l’achat  d’une voiture moins polluantes seront nombreux à  connaître une nouvelle vie en Afrique  tandis que  la fabrication des voitures neuves, électriques ou pas,   relancera les extractions  et la transformation de nombreux minerais , sans oublier toutes les matières plastiques. Tout compte fait, cette relance ne sera pas verte.  Mais Bruno  Le Maire, occultant ces réalités,  a dit a plusieurs reprises  que les annonces que fera demain le chef de l’Etat réduiront le bilan carbone de l’automobile.  
 Renault  ne produit que 18% de ses voitures en France et PSA 30%
 
Pour les ménages qui auront les moyens d’acheter une voiture électrique, le bonus est actuellement de 6.000€. Dans son  rôle d’attaché commercial d’un jour pour les firmes automobiles, le président Macron pourrait annoncer demain que cette prime passera à 7.000, voire 8.000€ pour les  particuliers. De son côté, la prime pour l’achat de chaque véhicule  électrique au nom d’un flotte d’entreprise  était  passée de 6.000€ en 2019 à 3.000€ en janvier 2020. On laisse entendre qu’elle  pourrait retrouver son niveau de l’an dernier.
A supposer que ces aides soient suffisamment efficaces pour vendre le plus gros du stock de 400.000 voitures en attente sur les parkings des usines et dans les concessions, il reste à voir dans quelque mesure elles seront favorables au maintien de l’emploi sur le territoire national. En effet, le groupe Renault ne produit plus en France que 18%  des voitures qu’il vend, encore s’agit-il du montage final de pièces souvent produites dans des pays à bas coûts de main d’œuvre. Les modèles Captur, Kadjart  et Mégane sont produits en Espagne. La construction de la Clio a « été délocalisée en Turquie et en Slovénie  où se fabrique aussi la Twingo.  Dacia   Sandero peut venir du Maroc ou de Roumanie où est également fabriqué le modèle Duster. Le groupe Peugeot –Citroën fait un peu moins mal que Renault  avec  30% de ses véhicules produits en France les autres étant délocalisés  au Maroc, en Slovénie, en Slovaquie et en Espagne. Devant Jean-Jacques Bourdin, Bruno Le Maire  a expliqué que l’exigence de l’Etat en matière de localisation de la production, ne concernera que les futurs modèles électriques, dont on ne sait nullement comment évoluera la demande dans les prochaines années.    
A voir la localisation du montage des différents véhicules du groupe Renault Nissan- délocalisés  un peu partout dans le monde sous la direction de l’évadé fiscal qu’est désormais  l’ancien PDG Carlos Ghosn-  on  devine facilement que les primes à l’achat de véhicules neufs seront globalement plus favorables  à l’emploi  dans les pays que nous venons de citer que dans les usines situées sur le territoire  français. D’autant que  les sous-traitants - soumis par les donneurs d’ordre comme Renault  à la réduction  des coûts de productions sous peine de perdre des marchés- ont aussi délocalisé beaucoup de fabrications de pièces entrant dans le montage des voitures. Les équipementiers que sont les producteurs de pneus  ont fait de même. Entre  2006 et 2015, cette industrie  a supprimé 11.700 emplois productifs en France, malgré les luttes courageuses menées par les travailleurs de Dunlop, Goodyear, Kléber  et Michelin contre les fermetures de sites.
La protection sociale et les 500 milliards d’euros de la BCE  
Tandis que le président Macron nous parlera demain des primes à la casse, son ministre de la Santé entame aujourd’hui ce qu’il nomme  un  « Ségur de la santé », du nom de la rue de son ministère (1). Il va dialoguer  avec les professionnels de la santé  qui sont sur la brèche depuis  de longs mois. Cette réunion  débute quelques jours  après la proposition faite par Emmanuel Macron  et Angela Merkel  concernant un apport  de 500 milliards  d’euros  qui seraient débloqués par la Banque  centrale européenne (BCE) pour aider les Etats membres de l’Union à relancer leurs économies.  Au delà  des difficultés qu’il y aura à trouver l’unanimité concernant l’usage de ces fonds,  se pose une question de fond. Elle a trait au meilleur usage qui pourrait être fait d’une partie des fonds  provenant de la BCE. 
En France, avec le recul de l’activité  économique, les afflux d’inscriptions à Pôle emploi  et la persistance du chômage partiel, nous avons déjà la certitude que  les recettes de la Sécurité sociale, celle de l’UNEDIC  et celles de la Caisse nationale de l’assurance vieillesse (CNAV) des retraités du privé seront en forte baisse  2020 et 2021, voire  au-delà, par rapport à  2019 et avant. Mais les dépenses vont augmenter sensiblement  pour la Sécurité sociale et l’UNEDIC. De leur côté, plus de 10 millions de retraité subissent depuis janvier 2018, une baisse sensible de leur pouvoir d’achat provoquée  par la hausse de la CSG  de 1, 70% et la sous-revalorisation des pensions  imposée par le gouvernement. Et cette année 2020, c’est la pandémie du coronavirus qui provoque la baisse  d’activité  réduisant  les ressources provenant des salaires pour financer la protection sociale.
Tenir compte, pour une fois, de  l’intérêt commun des peuples européens 
 
Cette question mérite d’être mise en débat en France et au-delà.  Le moment est venu d’exiger qu’une bonne partie des fonds  que la BCE est en mesure de mettre  à la disposition des pays membres de l’Union européenne contribue provisoirement à financer partiellement  la Sécurité sociale, l’indemnisation du chômage et le paiement des pensions. Ne faut-il pas permettre  à ces organismes de jouer pleinement  leur rôle déterminant  dans les prochains  mois sans les fragiliser  par une croissance de leur endettement ? Cela  passe obligatoirement par des crédits  gratuits et non remboursables  de la part de la BCE. Et cela vaut aussi pour les pays membres de l’Union européenne dans l’intérêt de la population de chacun d’eux. 
 Tout indique que nous ne pourrons pas passer outre un tel débat dans les mois qui viennent. Mieux vaut donc mettre ce sujet sur la table  pendant le  « Ségur de la santé » en France.


  • Voir le dossier  que publie l’Humanité de ce lundi  25 mai.

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    Tag: #SégurDeLaSanté #Planète #HôpitalPublic #SécuritéSociale

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