Assemblée nationale. Les élus LaREM, de la godille aux Playmobil

Publié vendredi, 21 février 2020 ‐ L'Humanité

Les députés LaREM ne s’en sont toujours pas remis. « Vous êtes des Playmobil. Des Playmobil sans cœur. Et quand on retire les cheveux des Playmobil, on constate qu’ils n’ont pas de cerveau non plus ! » L’attaque a été lancée fin janvier par le parlementaire PCF Sébastien Jumel. Les élus de la majorité viennent de voter contre l’extension des jours de congé pour deuil, accordés en cas de décès d’un enfant, respectant aveuglément la consigne donnée par le gouvernement. Depuis, la formule a fait florès. L’ensemble des membres de l’opposition, à gauche comme à droite, qualifient désormais les macronistes de Playmobil pour railler leur obéissance absolue envers Macron. Le succès est tel que le mot « godillot », habituellement utilisé pour qualifier un député caporalisé, est pour le moment relégué au second plan.
Dès 1958, les gaullistes se qualifient eux-mêmes « godillots »
Les macronistes détestent tout autant ce terme qui leur colle à la peau. Au départ, il ne devait pourtant pas être offensant. De façon très surprenante, les députés gaullistes se sont eux-mêmes revendiqués « godillots » dès 1958. C’est avec une immense fierté que le député André Valabrègue déclare : « Nous sommes les godillots du général ! » lors de la toute première session de l’Assemblée nationale de la Ve République. Il s’agissait pour les gaullistes de signifier leur fidélité à toute épreuve à l’égard du général de Gaulle. L’idée était d’assumer toute leur approbation envers un régime qui place le président de la République au centre des décisions, en rupture totale avec le modèle des IIIe et IVe Républiques, dans lequel le pouvoir était avant tout aux mains du Parlement.
Pour l’illustrer, les gaullistes remettent alors le terme de « godillot » au goût du jour. Il va très rapidement se retourner contre eux en devenant une insulte… Il faut dire que le mot signifie « chaussure » et a donné « godasse » en argot. Mais il vient surtout du nom de famille de son inventeur. Un certain Alexis Godillot, fabricant de chaussures militaires, qui n’était autre que le fournisseur des armées de Napoléon III. Dès le début, tout était donc dit : un député « godillot » est quelqu’un qui marche droit, sans se poser de questions, comme un soldat. Discipliné, il est à la botte de l’Élysée, suit les ordres, et n’a aucun souci à voir la République entravée par des dérives bonapartistes.
L’expression de « godillot » sied dès lors parfaitement aux fantassins d’En marche !, nom du mouvement lancé par Emmanuel Macron. Ils auraient même pu le moderniser, car Alexis Godillot est le premier à avoir différencié le pied droit du pied gauche dans ses modèles de chaussures. De quoi permettre aux élus LaREM de répondre à la promesse initiale d’« en même temps », sur laquelle a surfé Emmanuel Macron, en alternant mesures politiques de droite et de gauche ? Cela s’est sans surprise avéré impossible : depuis le début du mandat, les députés macronistes ne font qu’avancer à cloche-pied en concentrant tout leur poids sur la jambe droite…
Le tout en se subordonnant comme jamais à l’Élysée. Les majorités de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy étaient certes disciplinées, mais pas autant que celles d’Emmanuel Macron. Celle de François Hollande a été bousculée par les frondeurs, qui composaient le groupe socialiste tout en étant opposés à la politique du gouvernement. Quand à celle d’Emmanuel Macron, elle a été frappée de plein fouet par l’inversion du calendrier électoral, avec des élections législatives complètement phagocytées par la présidentielle. Les députés élus, souvent inexpérimentés, expliquent régulièrement qu’ils doivent « tout à Macron ». « Nous tirons notre légitimité du président élu par les Français. Nous sommes ici grâce à lui pour appliquer sa politique », argumentent-ils chaque semaine.
Comme des figurines, identiques et interchangeables
« On arrive au stade terminal de la Ve   République avec une majorité composée de cacatoès qui n’ont aucun ancrage territorial et vouent un culte au président de la République », observe André Chassaigne. Le député PCF dit n’avoir jamais vu cela. « J’ai été élu en 2002 et cela a été un choc en 2017 : les députés LaREM se lèvent pour applaudir quels que soient les propos tenus par le gouvernement. Ils rejettent systématiquement les propositions des autres groupes et se prosternent sans cesse devant les consignes d’en haut. C’est à croire qu’ils ont reçu le mandat impératif d’obéir à une personne », ajoute le président du groupe GDR.
« Ils sont quasiment tous identiques et interchangeables, c’est pour ça qu’on les appelle Playmobil », raconte le député FI Alexis Corbière. « Ils votent mécaniquement comme des automates, sans écouter nos arguments », se désole Guy Bricout, l’élu UDI à l’origine de la proposition de loi visant à étendre les jours de deuil en cas de décès d’un enfant. Un fonctionnement de plus en plus contesté en interne. Quelques députés LaREM ont par exemple voté contre le Ceta et contre la loi bioéthique sans être exclus. Plus de dix élus ont même quitté le groupe LaREM, souvent dans l’optique de reprendre leur liberté de parlementaire. « On ne peut pas regretter d’être sortie d’une prison », commentait d’ailleurs Frédérique Dumas au moment de claquer la porte. Ils restent toutefois minoritaires. Et étaient très nombreux ce mois-ci à l’Élysée autour d’Emmanuel Macron pour une séance de « calinothérapie », selon la formule de la ministre Jacqueline Gourault, qui dévoile à quel point le gouvernement infantilise les députés.

Tag: #Larem #Actu #Politique #AssembléeNationale

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